Une affaire familiale qui roule

Ambiance lourde et échanges tendus, mardi, au tribunal correctionnel de Bordeaux. Dans le box, le fils ; face à lui, ses parents et sa compagne. Au centre de cette affaire familiale : une impressionnante série de vols de roues et de pièces automobiles, accompagnés de dégradations et d’une revente méthodiquement organisée.

Entre janvier et février 2024, les communes de Villenave-d’Ornon, Cenon, Ambès et une vingtaine d’autres ont été la cible d’une vague de vols insolite : des voitures retrouvées sans roues, posées sur des cales ou même sur des troncs d’arbres.
Au total, 106 roues ont disparu en seulement huit semaines. Le mode opératoire était toujours le même : de minuit à deux heures du matin, Laurentiu Iordache, 23 ans, et son complice Marouane Benessadeq sillonnaient les rues à la recherche de véhicules à dépouiller.

« Je pouvais retirer les quatre roues en quinze minutes », a reconnu le principal prévenu à la barre, presque fier de sa rapidité. Les deux hommes ciblaient surtout les Renault, « les plus faciles à revendre », selon lui.

Un trafic familial bien organisé

L’enquête a rapidement mis au jour un trafic bien rodé. Les pièces volées étaient stockées au domicile de Laurentiu, puis revendues sur Internet. Plus de 700 annonces ont été publiées en deux mois.
Mais le jeune homme n’était pas seul : autour de lui, sa compagne, sa mère et son père. Tous trois comparaissaient également pour recel de biens volés et association de malfaiteurs.

À l’audience, le prévenu a tenté de les disculper : « Je suis seul », a-t-il répété. Des explications jugées peu convaincantes par la procureure, qui a dénoncé « des mensonges grossiers et des incohérences ». Elle a notamment souligné les appels nocturnes échangés entre les membres de la famille, souvent pendant les heures où les vols étaient commis.

Les victimes racontent leur désarroi

Face au tribunal, les victimes ont raconté leur stupéfaction et leur colère.
L’une d’elles s’est souvenue : « Je me suis réveillé un matin pour partir au travail, et j’ai retrouvé ma voiture sur un arbre ! » Une autre a confié avoir dû payer 438,95 euros de sa poche, non remboursés par l’assurance.
Certaines ont même été cambriolées à deux reprises, comme cette femme réclamant 4 500 euros de dommages et intérêts, contrainte de changer d’assureur après le refus de la précédente compagnie de la couvrir à nouveau.

La procureure a requis trois ans de prison ferme, 5 000 euros d’amendeet une interdiction du territoire français.
Le tribunal correctionnel a finalement condamné Laurentiu Iordache à deux ans d’emprisonnement ferme, 3 000 euros d’amendeet à la confiscation de ses véhicules, dont une Mercedes GLA et une BMW Série 5.

Son père a écopé de 18 mois de prison et 5 000 euros d’amende, sa mère d’un an avec sursis, et sa compagne de 1 500 euros d’amende.
Un réseau démantelé, mais des victimes toujours marquées par la violence et l’absurdité de ces vols en série.

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